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Au coeur de la culture japonaise

[Film] Tel père, tel fils - Hirokazu Koreeda

le 08/01/2014 à 21h

Il est rare de pouvoir voir en France des films du cinéma actuel japonais. Seuls quelques cinématèques s'attellent parfois à accomplir un cycle "Japon". La Maison de la Culture du Japon offre une bonne solution aux cinéphiles pour les veinards parisiens. Mais en ce moment, Tel père, tel fils, dernier film de Kore-eda est disponible dans de nombreuses salles ! Nous l'avons vu, et il est temps d'en faire la critique.

Résumé

Keita est un enfant modèle. Il incarne la docilité : obéissant systématiquement à ses parents, et faisant tout pour recevoir leurs éloges et félicitations. C'est sûrement pourquoi il jouera du piano tous les soirs, et fera tout pour intégrer une école primaire privée de prestige, quitte à apprendre un texte de présentation par coeur. Keita a six ans.

C'est pourtant après tant d'années que l'hôpital recontacte les parents de l'enfant. Ryoata, architecte dévoué corps et âme à son travail, prend sur lui pour se rendre au rendez-vous. La nouvelle l'accablera lui et sa femme : Keita n'est pas de leur sang, il a été échangé à la naissance.

S'ensuit alors des rencontres avec leur véritable fils, et ses parents mais les deux mondes ont tout pour s'opposer. Un échange résoudrait-il ce drame ? Rien n'est moins sûr.

Critique

Du point de vue de la réalisation, on demeure très proche de I Wish : les plans sont simples, mais vivants. Le fin montage permet de transformer un conte douloureux en une épopée presque onirique. Les malheurs et difficultés endurées par les familles ont beau occuper l'intégralité du film, on n'en ressortira ainsi pas dépressif, mais songeur.

Sur ce plan là, il est certain que Tel père, tel fils réalise une belle performance. Les nombreuses questions soulevées, parmi lesquelles l'éducation des enfants, ce qu'on doit leur donner (comme amour et comme objets), tout comme les relations parentales sont subtilement traitées. Et c'est ce terme qui pourrait définir à lui seul le film, subtilité. Le non-dit tient une part considérable dans l'élaboration de l'intrigue. C'est au spectateur de se forger son idée sur ces questions si difficiles.

Et nous arrivons aux défauts du long-métrage. Il est pour moi bien plus difficile de se projeter dans la peau du père si l'on est soi-même pas un parent. Ceci explique que Tel père, tel fils ait été pour certains un simple divertissement, ou pire, une morne déception. Il sera donc plus difficile pour des jeunes cinéphiles de profiter correctement des réflexions philosophiques que nous laisse entrevoir le cinéaste. C'est dommage.

Un choix que j'ai toutefois apprécié, a été le choix de la focalisation, ici sur la famille riche. Il aurait été trop simple scénaristiquement de raconter une histoire de vilain petit canard et de contes de fées de retrouvailles en tout genre. Kore-eda a fait le choix judicieux de porter son regard sur des valeurs parentales qui sont pertinentes et qu'on ne voit que trop peu apparaître à l'écran dans d'autres drame familiaux, comme l'amour de son sang, et ce qu'on est en droit d'attendre d'un parent envers son enfant, financièrement et en temps partagé.

Terminons sur la bonne note du jeu des acteurs, un sans-faute. Les adultes, et surtout Ryoata est incarné parfaitement, à la limite du stéréotype du salary-man qui dévoue sa vie à son travail, il se transforme au cours du film en un être plus compatissant, plus empathique. Les enfants sont, comme dans I Wish, parfaitement en phase avec leur rôle, peut être un peu trop silencieux, mais leur direction est parfaite, ce qui ne cessera de m'étonner pour des acteurs si jeunes.

Overjap

Ce film était projeté dans un cinéma d’art et d’essai près de Toulouse ! (Studio 7 à Auzielle). Je l’ai vu il y a quelques jours, et je suis plutôt d’accord avec ton point de vue, la réalisation était surprenante de justesse et de vie, le jeu des acteurs humain et adapté à leurs rôles, époustouflant pour les enfants. Ce film s’apprécie aussi par ses détails, qui, si ils sont remarqués, impressionnent par leurs abondance.

De plus, le film était projeté en VO, et le japonais étant une langue extrêmement complète par ses nuances, elle a su se montrer plus juste que le français. Par exemple, le changement de langage du père à son fils entre le début et la fin, ou encore la vulgarité et la distance exprimées par les nuances du japonais entre les personnages. Le titre japonais est aussi beaucoup plus juste que sa banale traduction française, そして父になる pourrait se traduire part "Ensuite, je deviens père", ce qui est plus adapté que le titre français selon l’interprétation que l’on ait du film : le titre français se prête à un point de vue général de l’histoire, le japonais à un point de vue du père "qui se découvre".

A un moment, on pouvait même reconnaitre Arata Iura, qui interprétait Yukio Mishima dans le film de Koji Wakamatsu, pendant quelques secondes !

Conclusion

Un film qui vaut certainement le détour, mais qui ne pourra être apprécié à sa juste valeur qu'après avoir atteinte une certaine maturité selon moi. Si vous n'avez jamais vu une réalisation de Kore-eda, ne passez de toute manière pas à côté de cette occasion : Tel père, tel fils a tout de même réussi à être sélectionné aux Césars. Et puisque vous l'avez méritée, voici la bande-annonce.

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