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[Film] Mademoiselle Oyu - Kenji Mizoguchi

le 20/10/2013 à 17h

On continue le cycle sur Mizoguchi avec Mademoiselle Oyu (お遊さま, Oyū-sama), réalisé 5 ans avant La Rue de la honte. Le scénario est une histoire de Jun'ichirō Tanizaki, auteur de renom qui commença sa carrière dès le début du 20e siècle.

Résumé

Shinnosuke est un beau jeune homme à qu'il ne manque qu'une seule chose: une femme. Ses exigences étant élevées, sa tante n'a jamais réussi à lui trouver un bon parti. Mais lorsque cette dernière lui fait une ultime proposition en lui présentant Oshizu, il tombe immédiatement sous le charme de la soeur de cette dernière, Oyu.

Le triangle amoureux tant utilisé dans les romances se voit ici transformé en un jeu de conventions et de dévouement sans pareil.

L'ennui, c'est que Oyu est veuve, et possède un enfant de son défunt mari ; les coutumes veulent donc toutes que s'il y a mariage, il doit être entre Oshizu et Shinnosuke. Il finira en effet par avoir lieu, mais la proximité entretenue entre les trois protagonistes promet de ne pas éteindre les différents sentiments fraternels et amoureux.

Critique

La première chose qu'on remarque, c'est le goût du réalisateur pour la contemplation. L'introduction prend scène au beau milieu d'un bois où Shinnosuke fait la rencontre d'Oyu et d'Oshizu. Mais les plans suggèrent que ces personnages empruntent la beauté de leur environnement.

Oshizu qui cherche sa voie.

Cette dominante contemplatrice s'étend au delà de la nature jusqu'au montage. Ce dernier est fluide, et innove en usant de transitions qui utilisent systématiquement les fondus enchaînes visuels, et même sonores ! (procédé rare, encore aujourd'hui). On a donc simplement le sentiment de devoir se laisser bercer par cette oeuvre d'art, qui ressemble tantôt à de la peinture, tantôt à de la musique.

Des scènes musicales jalonnent le film. Oyu pratique le Koto, un instrument à cordes traditionnel japonais.

Les plans fixes qu'utilisent souvent Mizoguchi sont conservés, mais laissent souvent la place à des scènes plus théâtrales, où les protagonistes se cherchent sans se trouver, jouant souvent à fuir de part et d'autre de la chambre où ils se trouvent. Ce phénomène est expliqué par la volonté du réalisateur de montrer que ses personnages ne sont pas libres dans leur choix, au contraire, ils se débattent, mais ne trouvent pas d'issues. Ainsi, les personnages ne se feront jamais face.

Sur le fond, le film s'éloigne grandement des triangles amoureux classiques qu'on peut voir aujourd'hui dans de multiples anime notamment. Ici, plus que des amours non partagés, c'est la dévotion et le respect des traditions qui prennent forment sous nos yeux. Les sentiments des personnages sont dépeint par des paysages état-d'âmes profonds qui dénotent leur solitude face à leur rêve.

Conclusion

Ce film dévoile un pan tout a fait nouveau des méthodes du réalisateur, aussi bien sur le plan technique qu'émotionnel. Cependant, une fois de plus, l'histoire semble être centrée autour des femmes, comment c'est souvent le cas dans la filmographie de Mizoguchi.

Oshizu, attachante et sincère.

Quoiqu'il en soit, ce film présente de nombreux aspects des traditions japonaises comme la cérémonie du thé, ou du Koto ; tout en proposant une histoire riche en émotions, qui ne laissera personne indifférent.

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