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[Politique] Juillet 2013

le 26/11/2013 à 20h

Ce mois est dédié aux élections dans la seconde chambre parlementaire. Tous les trois ans, la moitié des sièges sont de nouveau soumis aux votes. En 2013, ces élections signent un tournant dans la marge de manoeuvre que détient le premier ministre pour réformer le pays économiquement et politiquement.

Le Diet, parlement japonais.

Réformes électorales : un nouveau découpage

Au Japon, les élections parlementaires fonctionnent comme en France: par l'élection de représentants dans chaque région. Les districts n'ont jamais été redessiné depuis la fin de la guerre, et l'exode rural menace aujourd'hui la cohérence des votes. En effet, Totorri n'a beau posséder qu'un demi million de votants, son poids au parlement rivalise avec celui de Kobe, pourtant dix fois supérieure.

Les choses ont bien changé depuis.

Le LDP mené par Shinzo Abe doit résoudre ce problème aux allures inconstitutionnelles, car ne représentant par avec justesse le désir du peuple. Le premier ministre a ironiquement promis de proposer une réforme si son parti était élu fin Juillet. Mais même si la victoire lui semble acquise, la situation pourrait se dégrader. Des hautes instances ont en effet commencé à déclarer les élections parlementaires de 2012 invalides suite à ces répartitions inégales, et la Cour Suprême pourrait suivre ces décisions, affaiblissant la politique économique de Shinzo Abe tout comme sa crédibilité. Le Japon est ainsi à la lisière d'une crise politique majeure, remettant en cause les sièges de 32 députés et de nombreux ministres comme celui des affaires étrangères.

Mais la redistribution des districts affaibliraient le LDP qui compte sur sa base solide dans les provinces reculées. De plus, on peut dresser un comportement plus général des réformes politiques japonaises: celles-ci sont enrayées par un milieu rural plus conservateur que son homologue urbain. En revenant sur le cas de l'assemblée, c'est pourtant 19 sièges de plus auxquels auraient droit les habitants de villes en se basant uniquement sur la population.

Mot compte double ?

Quelque soit l'issue de ces élections, elles souligneront une nouvelle fois une scission avec les préfectures dites rurales où les sièges restent parfois dans la même famille, et où les politiques vont au contact de la population, de celles plus urbaines et occidentales.

Campagnes !

Les campagnes présidentielles comme législatives se jouent de nos jours sur Internet avaient dit certains commentateurs, notamment après la victoire d'Obama en 2007. Les japonais qui passent pour être à la pointe de la technologie gardent cette fois-ci leurs vieilles habitudes.

Il est donc interdit pour un candidat de tweeter, ou d'utiliser des mails. Ses partisans n'en ont pas le droit non plus. Le fait de pouvoir éditer un site internet vient juste d'être acquis. Ces règles qui nous étonnent ne proviennent pas seulement d'une paresse pour des réformes. Elles servent les candidats du LDP généralement plus vieux qui n'ont pas les connaissances requises pour entrer en compétition avec la relève plus jeune du PDJ.

Old School

Mais Shinzo Abe, qui révolutionne décidément le panorama politique japonais, s'est lui emparé de ce média si puissant. Débats sur Nico Nico Douga (Youtube japonais), page Facebook, promotion et stages intensifs pour aider les séniors du parti à utiliser internet et les nouvelles tablettes. Tout y est passé.

Malgré tout, la loi reste ce qu'elle est à l'heure actuelle: aucune intervention sur internet n'est autorisée après le début de la campagne. Le moyen privilégié, devenu coutume du genre, le van. Un mini-bus aux multiples haut-parleurs scandant le nom du candidat. Mais cette méthode a tendances à énerver les passants, sans compter qu'il est difficile d'exposer un programme électoral par ce biais. À quand la mise à jour ?

Populaire

La tournée électoral prend de la vitesse. Shinzo Abe s'attache à parcourir les campagnes pour promouvoir sa politique économique qui à permis au Japon d'avoir une croissance trimestrielle de 4,2%, un taux exceptionnellement haut pour un pays si développé.

Alors que la victoire de Décembre était plus une défaite du parti adverse, les japonais commencent à apprécier de fait la politique du premier ministre. Son Abenomique est une des réformes considérée aujourd'hui comme une renaissance. Cette tendance est consacrée par une côte de popularité de 57%, bien plus haute que le président français. Alors que son parti est soutenu à 40% pour les élections à venir, quatre fois moins de soutiens sont actifs pour le DPJ, le principal parti d'opposition.

Mais pour démarrer sa politique de réformes constitutionnelles, ce sont deux tiers dont il a besoin, et ceci risque de s'avérer difficile. Les fermiers menacent de punir le premier ministre pour ses avances vers la TPP qui menaceraient leur ventes de riz. À Yamagata, le lobby Japan Agriculture s'oppose ainsi ouvertement au premier ministre en soutenant le candidat adverse: les scores seront serrés.

Craignez les forces tranquilles !

Les pêcheurs protestent eux aussi contre la politique de M. Abe qui, en encourageant l'inflation, a augmenté le prix des importations et donc du fuel de leurs bâteaux. Sur un autre plan, la disparition du vote des jeunes profitent cependant au LDP, de 2009 à 2012, ce ne sont pas moins de quatre millions de votants qui se sont abstenus sur une soixantaine de millions de votes enregistrés.

La force majeure du LDP est finalement l'absence d'opposition. Le PDJ est au plus bas, et même un sujet comme le nucléaire, déprécié par plus de la moitié de la population, ne parvient pas à unifier le parti. En conséquences, des réacteurs vont sûrement être redémarrés dans les années qui viennent souligne le premier ministre. On peut aussi l'interpréter comme une préférence économique à écologique de la part de la population.

L'Élu

Le LDP finit par remporter les élections fin juillet, en récupérant 76 sièges, 5 fois le score du parti d'opposition. Shinzo Abe, a donc 3 ans pour réformer son pays, et rien ne peut l'en empêcher à présent. S'il veut résoudre en profondeur les problèmes de sa population vieillissante, il devra s'attaquer au tabou actuel de l'immigration. En effet, Le Japon reste un pays replié sur lui-même, il devra en être autrement s'il souhaite redevenir aussi dynamique que d'antan.

Utiliser la majorité politique à des fins nationalistes plutôt qu'économiques est une autre possibilité. D'autant plus qu'une telle majorité peut donner confiance à la droite hautement conservatrice qui menacerait ensuite les relations diplomatiques avec la Chine ou la Corée du Sud.

"Prière de ne pas me faire obstacle."

Dans tous les cas, Shinzo Abe n'a plus d'excuses pour être frileux sur ses politiques économiques. Une nouvelles vagues de flèches est attendue pour l'automne. Les réformistes aimeraient des lois plus souples pour les renvois d'employés, et rendre l'agriculture plus compétitive en augmentant les limites de productions, et permettant aux producteurs d'acheter et non plus louer des terres aux petits fermiers.

Conclusion

Des élections qui promettent des politiques audacieuses de la part d'un homme qui a déjà beaucoup oeuvré pour un Japon parfois controversé, mais nouveau. La modernisation et le nouveau souffle est en marche.

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