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Au coeur de la culture japonaise

[Politique] Juin 2013

le 19/11/2013 à 23h

Un mois compliqué pour le LDP, Parti Libéral Démocratique, en place depuis maintenant un semestre. Les idées fusent, et le premier ministre s'attaque en Juin à la constitution pacifiste japonaise, tout en s'attachant à conserver des relations amicales avec les pays voisins.

Ce n'est pas le moment de prendre une pause!

Une constitution fragile

Depuis sa création, le LDP a toujours émis le souhait d'écrire une nouvelle constitution différente de celle conçue en quelques jours par les américains en 1946. Sortir de la tutelle occidentale est la raison pour laquelle Shinzo Abe se bat depuis son arrivée au pouvoir. Pour lui, ce projet de reécriture a sa place tout autant qu'une nouvelle politique économique pour faire renaître le Japon.

Un document qui se ferait vieux?

Même ceux qui ne partagent pas les points de vus nationalistes du premier ministre sont souvent en faveur d'une révision de l'article 9 qui atteste que le Japon renonce à posséder une armée. Le pacifisme est maintenant populaire parmi les japonais, mais les lois actuelles stipulent que l'archipel ne peut même pas défendre ses alliés en cas d'attaques. D'où la nécessité d'une nouvelle interprétation.

Bien sûr, la fierté japonaise joue aussi un grand rôle dans ces revendications. D'autres trouvent tout simplement absurde que les forces les plus technologiquement développées du monde ne puissent pas s'appeler des militaires, défendant simplement leur patrie.

Les fameux robots japonais pourraient avoir d'autres fonctions que celles domestiques.

Mais la constitution pourrait subir des changements bien plus profonds. Le comité du LDP qui se charge des propositions affirment que dans le document actuel, tout est propos de libertés et de droits, mais pas assez de devoirs. Les amendements pourraient donc faire revenir le pays en arrière vers des règles plus traditionnelles où l'état aurait un plus grand contrôle sur son peuple. Le brouillon aujourd'hui présenté pose en maître mot l'ordre publique en frein aux libertés individuelles. Un article entier sur les droits de l'homme serait supprimé. Beate Sirota, une américaine de 22 ans qui est considérée comme une héroïne pour bon nombres de japonaises pour avoir introduits des règles d'égalité homme-femme, verrait son travail amendé par un article notifiant l'important pour une famille de s'aider les uns les autres: ce que certains comprennent comme un moyen de revenir à un système où la femme resterait au foyer.

Plus controversée, l'aile révisionniste du parti influe de plus en plus sur le comité de rédaction. Ces derniers souhaitent ainsi revenir sur les atrocités commises pendant la guerre, et enseigner aux enfants un passé ou l'empereur régnait en maître sur une société pérenne et merveilleuse. L'empereur serait donc remis à la tête de l'état, et ce dernier pourrait s'affranchir des lois constitutionnelles.

Le retour sur le devant de la scène?

À pas de loup

Ce qui peut nous étonner, c'est la faculté avec laquelle Shinzo Abe a su préparer le terrain pour de telles réformes. En 2006, il passa ainsi une loi prévoyant d'autoriser la modification de la constitution pas un simple référendum, alors qu'il aurait fallu 2/3 de votant dans les deux chambres diplomatiques de l'assemblée pour en faire de même (Article 96). Le LDP peut ainsi s'affranchir d'alliances avec d'autres partis pour amender la constitution.

Plus malin encore, la première cible du premier ministre ne sera non pas l'article 9 mais l'article 96 : en diminuant à une simple majorité les nécessités pour passer des amendements, il simplifie encore plus les procédures futures. Mais ces méthodes font des remous au sein même du LDP, et un comité d'experts constitutionnels désapprouvent de tels simplifications dans la modification de la constitution, avertissant de l'instabilité potentielle. Shinzo Abe est semble à la limite du forcing.

La lutte finale.

Mais ce dernier n'a de son point de vue que peu d'alternatives : Toru Hashimoto avec qu'il aurait pu faire une alliance s'est vu honni par la presse japonaise et étrangère en proclamant que les esclaves sexuelles utilisées pendant la guerre étaient nécessaires. Une coalition avec son parti pour obtenir une majorité au 2/3 ternirait donc le LDP.

Des relations exemplaires

Shinzo Abe s'est rendu à la capitale du Myanmar pour rencontrer le président Thein Sein, qui a initié depuis 2011 une réforme profonde du pays, anciennement contrôlé par une junte militaire violente. Shinzo Abe a aussi rencontré le leader de la nouvelle opposition, Aung Suu Kyi.

Des accords en or.

Le Japon n'en reste pas aux mots : le premier ministre a annulé la dette du Myanmar (1,8milliards de dollards) et promis une aide de 500 millions en prêts solidaires. De nombreux chefs d'entreprises étaient ainsi aux côtés de M. Abe pour sauter sur les différentes opportunités de développement, et de nombreuses infrastructures et ports seront bientôt construits. Ailleurs, en Indonésie, les architectes japonais ont décroché un contrat pour réalisé un métro dans Jakarta alors que la ville est construite sur des marées et reste souvent inondée. Ces défis sont habituels au Japon, et sont donc devenus leurs domaines d'expertises.

Depuis son arrivée en Décembre, Shinzo Abe n'a qu'un mot d'ordre : améliorer la présence de son pays dans le sud-est asiatique pour renforcer son rôle au sein de l'ASEAN (association économique, et seule collectivisation des moyens de directions en Asie).

Mais derrière le commerce se cache la diplomatie. Alliances, mais aussi entraînements militaires et ventes d'armes sont aussi aux goûts du jour. L'archipel s'offre ainsi de nombreux alliés pour se protéger de la Chine avec qui les ennuis s'accumulent. Une des conséquences directe est la fuite des investisseurs japonais de la Chine vers ces nouveaux pays émergents que sont le Myanmar ou la Thailande.

Le Japon ne s'arrête cependant plus à ces quelques pays, et part maintenant à la recherche d'autres alliés, comme le Vietnam et les Philippines, qui ont eux aussi des querelles territoriales avec la Chine. Par l'entraînement naval, les aides et le renflouement des banques du Vietnam durant la crise, le Japon a su se montrer présent quand cet état en avait besoin. Cette carte est maintenant jouée pour renforcer les liens diplomatiques.

Le premier ministre sur tous les fronts!

Seulement, Myanmar, Vietnam et Philippines ont eux aussi souffert de l'occupation japonaise (la Thailande a su éviter ces événements en s'alliant au Japon suffisamment tôt), et de la rancoeur pourrait renaître. Mais les relations semblent plutôt aller dans le bon sens et se réchauffer: exactement la situation inverse entretenue actuellement avec la Chine en somme.

Déception

La troisième flèche a été décochée. Troisième partie du plan de réforme économique de Shinzo Abe, la création de zone sous-taxée au Japon n'a pas su séduire les investisseurs. La première flèche était la reprise de l'inflation visant à dynamiser les exportations. La seconde mesure venait avec des investissements dans de nombreux secteurs (116 millions de dollads), ainsi qu'à l'étranger.

Utopie

D'autres auraient voulu améliorer le coût du travail. À l'heure actuelle, les emplois sont la plupart du temps à vie: c'était la signature du monde du travail japonais pendant des dizaines d'années. Mais la situation devient parfois incompatible avec un monde qui avance sans cesse vers une libéralisation des échanges. Les Oidashi-beya ont fleuri ces dernières années: ce sont des chambres où les employés sont placés sans travail par leur compagnie, pour les forcer à démissionner sous l'ennui (système connu aussi dans les entreprises occidentales, sous la notion de "placards"). De plus, le secteur de l'agriculture aurait lui aussi peut être besoin d'une réforme. Mais celle ci n'est visiblement pas sur l'agenda ministériel.

La raison d'une telle frilosité (la création de ces zones d'échanges ont déjà eu lieu dans le passé avec une efficacité partielle ou nulle) est peut être les élections prochaines de Juillet pour la seconde chambre parlementaire. Cette thèse est appuyée par le fait que le LDP a promi de réformer en Septembre les domaines de l'agriculture et de la sécurité sociale, ainsi qu'un renouvellement complet du cabinet. En attendant, la confiance dans la politique budgétaire japonaise a de nouveau chuté. Des +100% sur les investissement de Janvier jusqu'a Mai, Juin accuse une baisse de 20%.

La courbe verte représente la confiance des marchés dans la politique gouvernementale.

Conclusion

Le LDP mené par Shinzo Abe ne fait pas les choses à moitié. Taclant les sujets traitant de la constitution, de la diplomatie, et de l'économie, il pourrait être récompensé pour son audace. Mais attention à ne pas se précipiter.

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